Salade de pâtes à Hirschwiese
En avril 2024, le résultat d’un concours défraie la chronique à Zurich: un collectif de huit jeunes architectes et deux architectes du paysage remporte le mandat pour la rénovation de la coopérative Hirschwiese. Pour doubler sa population (passer de 150 à 300 logements), les études préliminaires envisagent initialement de démolir les maisons datées de 1947 et de réaliser à la place des immeubles pouvant atteindre sept étages. Bien que l’ensemble soit inscrit dans un périmètre ISOS, le cahier des charges n’impose que la conservation de la qualité spatiale. Enfin, avec l’axe bruyant au sud, la thématique acoustique encourage à tout mettre aux normes. Un bonus de 10 % est accordé si le standard Minergie-P-Eco est atteint. Qu’importe : comme il s’agit d’un concours à deux degrés (SIA 142), le collectif utilise cette opportunité pour tester toutes sortes d’idées radicales que les bureaux en lice n’oseront pas proposer. Avec un seul but : conserver le plus possible – de substance bâtie, d’arbres, mais aussi d’habitant·es.
Il s’agit de lancer un vibrant manifeste contre la tabula rasa. Mais les choses sérieuses commencent quand les membres du collectif apprennent que leur proposition est retenue pour le second degré. En effet, il se trouve que leurs objectifs répondent aux valeurs de la coopérative, qui ne cherche pas le rendement maximum, mais avant tout à répondre aux besoins de ses membres. Tout reconstruire génère des loyers élevés ; rénover en douceur permet de maintenir des loyers bas. Mélanger ces deux approches permet de déployer une grande palette d’offres et à différents profils d’habitant·es de rester.
La préservation du caractère du lieu est un autre aspect important. «Comment conserver l’esprit de la ville quand on la démolit?», se demandent les membres du collectif. Dans leur deuxième rendu, ils poursuivent leur stratégie mixte : rénover au centre, remplacer en périphérie, par des immeubles qui formeront un écran acoustique. Pour minimiser leur impact CO2, ceux-ci seront réalisés en ossature béton et remplissage bois (dalles et façade). Les sous-sols sont réduits au minimum : les places de stationnement requises dans le cahier des charges trouvent leur place en sous-sol, notamment car les caves sont disposées à l’étage dans les logements, les autres dans le parking voisin du Irchelpark. Les typologies variées incluent des espaces de coworking ou des cuisines collectives. Au centre de la parcelle, les barres d’immeuble de 1947 sont conservées et mises aux normes par l’ajout d’extensions contenant des ascenseurs et parfois de nouvelles pièces, notamment dans les combles transformés. La stratégie de mise aux normes et de rénovation lance ainsi un nouveau cycle de vie tout en enrichissant l’offre.
Dans l’euphorie, les membres du collectif sont invité·es à présenter leur projets à leurs pairs, notamment en compagnie de pool Architekten – qui remporte le concours pour la BBZ quatre mois plus tard.
Lire: Tamino Kumy, « Eine besondere Konstellation », Hochparterre, 07.05.2024